Michelet : forains pas sereins

L’ouverture, courant 2018, d’un centre commercial aux abords du marché Michelet soulève de nombreuses inquiétudes auprès des forains. 


« Attention, sortie de chantier ». Sur le boulevard Michelet, dans le 8e arrondissement de la cité phocéenne, les ouvriers sont à pied-d‘œuvre. Dans moins de six mois, ils livreront la construction du nouveau temple du shopping marseillais : le centre commercial Prado-Vélodrome. Sur place, des engins mécaniques posent déjà les futures baies vitrées du colosse. 

A seulement quelques centaines de mètres de là se trouve le marché Michelet. Au milieu des étales alimentaires, des fleuristes et des stands de prêt-à-porter, les forains suivent l’avancé des travaux avec intérêt. C’est que, d’ici mars 2018, plus d'une cinquantaine d’enseignes devraient s’installer sur les 23 000 mètres carrés de la galerie marchande. 

Une implantation loin d’être concurrentielle selon Serge, présent tous les jeudis matins à Michelet. Derrière son stand de vêtements féminins, il affiche une allure décontractée. «Créer des magasins dans les environs est une excellente initiative pour drainer du monde ici», estime ce quinquagénaire, lunettes de soleil vissées sur le nez. «Et puis nous faisons de la vente directe, donc on a pas à être inquiété par cette concurrence.» 

Un avis partagé par Florence qui, après avoir vendu une robe 15 euros à une dame, confie : « Voyons le bon côté des choses: en allant dans les centres commerciaux, les clients, notamment les personnes âgées qui ont des petites bourses, vont être freinés par les prix élevés. Ils vont se rabattre sur nous. » Pour autant, derrière sa bonne humeur manifeste, la foraine ne s’avoue pas totalement rassurée. Si la concurrence s’avère trop écrasante, Florence à déjà une solution de replie : ouvrir une boutique dans le 5e arrondissement de Marseille. 

 « Sans marché, c’est la mort des quartiers » 

A l’image du temps, pluvieux ce jeudi là, le moral est plus morose chez certains exposants. Derrière son stand, un vendeur de maroquinerie fait grise mine. « Pour acheter des fringues, les jeunes générations préfèrent être à l’abri, au chaud, dans les centres commerciaux». Entre deux averses, celui qui est aussi implanté à Carry le Rouet et l’Estaque, lâche résigné : « Bien entendu que la venue de ce centre commercial est une très mauvaise nouvelle. Dans le temps, les marchés représentaient une institution. Plus maintenant. » 

Plus que la peur de la concurrence, c’est surtout la reconfiguration du quartier qui effraie les ces commerçants ambulants. La mairie a en effet profité des travaux prévus pour accueillir l’Euro 2016 pour repenser les alentours du stade. « Ce quartier très résidentiel s’animait périodiquement au rythme des matchs, nous avons décidé de le reconfigurer pour en faire un nouveau lieu de vie », explique Yves Moraine, maire des 6e et 8e arrondissements. Outre l’Orange-Vélodrome, le nouveau centre urbain comptera aussi une clinique du sport, des résidences étudiante et intergénérationnelle, des hôtels et des logements. Mais aucun mot concernant les marchés. Une inquiétude pour Selim*. « Sans marchés, c’est la mort des quartiers », s’alarme ce forain. Celui qui a vendu pendant plus de huit ans des chaussures sur le marché de Joliette a été contraint de « s’exiler » à Michelet l’an dernier. Aujourd’hui, il redoute que le même scénario ne se reproduise. « Dès que de nouveaux complexes commerciaux débarquent, comme le village des Docks à Marseille, nous ne sommes plus les bienvenus. J’ai peur que l’on soit de nouveau pénalisés.» 

Pour Selim, comme pour tous les forains du marché Michelet, cette peur s’avèrera justifiée ou non l'an prochain, lors de l’ouverture du centre commercial Prado-Vélodrome. 

 *Le nom a été changé.
Michelet : forains pas sereins Michelet : forains pas sereins Reviewed by Manon on octobre 14, 2017 Rating: 5

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